« Tricote un sourire », est un projet fun et citoyen, dans lequel n’importe qui peut participer à la réalisation d’installations artistiques en tricot ! Bien connu à Créations et savoir-faire pour la présentation des œuvres « Ensemble nous sommes Monet ». Qu’est-ce que le tricot ?
Comme pour chacune des techniques évoquées dans cette série d’articles sur les techniques textiles, voici une petite définition du dictionnaire pour mettre tout le monde d’accord.
Tricoter : Exécuter un tissu à mailles entrelacées, avec des aiguilles spéciales (Larousse) En français ancien, le mot tricot signifie « petite trique », soit « petit bâton », en référence aux aiguilles, alors qu’en anglais knit vient de « knot », soit « nœud », en référence aux mailles.
Petit retour historique pour planter le décor
Avec peu de fragments existants, l’image des origines de la technique est floue. Les premières pièces tricotées authentiques proviennent d’Égypte, des fragments de chaussettes coptes tricotés en coton blanc et indigo, datant de la fin du Xème siècle.
La technique du tricot est introduite en Europe par les Croisades, le développement des relations commerciales et la conquête musulmane de la péninsule Ibérique. De là, il va se répandre dans le monde entier au gré des conquêtes, de la colonisation ou tout simplement des voyages.
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Les hommes et le tricot
Au XVIème siècle, le tricot était un métier établi motivé par une puissante tendance de la mode : les bas tricotés. Pour les hommes de la renaissance, les bas tricotés étaient un must de la garde-robe, marqueur du niveau d’élégance et du statut social.
En réponse à cette mode, les premières guildes commerciales de tricot apparaissent en Europe de l’Ouest, pour protéger les secrets commerciaux, organiser la profession et faire prospérer le commerce. C’était une affaire d’hommes !
Mais paradoxalement, c’est la simplicité de la technique, la portabilité de l’ouvrage et son aspect occupationnel en toutes circonstances qui a rendu le tricot populaire. Les marins et les bergers étaient de grands tricoteurs. Les marins, en effet, souvent mal équipés doivent par nécessité se protéger des climats hostiles lorsqu’ils parcouraient les océans, ils tricotaient pulls, chaussettes, gants et bonnets dont ils avaient besoin, les bergers du fait d’un accès facile à la laine, tricotaient tout en surveillant leurs troupeaux.
La légende veut que le tricot soit remonté de l’Espagne, en Angleterre et en Écosse, où, il est enseigné aux natifs des Shetland par des matelots espagnols rescapés du naufrage de l’Invincible Armada. Fair Isle, une des îles Shetland, a ainsi donné son nom à un type particulier de motifs de jersey, point jersey qui lui-même tient son nom de l’île bien connue.
Le tricot s’est industrialisé et le tricot à la main est devenu une activité domestique et sociale plutôt féminine, mais partout dans le monde, le tricot est une activité à laquelle beaucoup d’hommes s’adonnent encore quotidiennement. C’est le cas en Islande et au Pérou, par exemple où les hommes tricotent depuis bien longtemps…


Lutter contre les préjugés et repenser la masculinité
Aujourd’hui, en dehors de fortes traditions locales, la plupart du temps, les hommes qui tricotent se confrontent à de nombreux clichés. Le tricot est devenu une activité plus subversive qu’on ne le pense !
« Briser les barrières et les stéréotypes sur ce que nous pouvons et ne pouvons pas faire … Et avec cela de proposer de nouvelles formes de masculinité : plus gentilles, tendres, fraternelles et inclusives. », voilà l’idée du collectif Hombres Tejedores. Né à l’été 2016 à Santiago du Chili, ce groupe de 11 hommes (au départ) se joue des clichés par des interventions dans l’espace public. Depuis, leurs communautés réelle et numérique n’ont fait que grandir, et partout en Amérique latine des groupes se sont créés.
Le plongeur britannique Tom Daley, quadruple médaillé olympique à Londres, Rio, Tokyo et Paris a marqué cette dernière édition des jeux olympiques en train de tricoter dans les tribunes. Au-delà de la légèreté du geste, ça a surtout été une manière pour lui de mobiliser pour la lutte contre le cancer du cerveau qui lui tient à cœur depuis que son père est décédé d’une tumeur en 2011.
De manière peut-être moins militante mais pleine d’humour, l’artiste-tricoteur Sam Barsky emporte une communauté incroyable avec lui autour du monde. Depuis de nombreuses années, il voyage et se photographie devant les endroits qu’il visite avec un pull représentant le lieu. Ses apparitions publiques dans divers endroits du monde sont à chaque fois l’occasion de rencontrer sa communauté, de raconter son histoire et de donner des cours.
Peut-être peut-on rapprocher ce succès de l’engouement depuis quelques années du championnat du monde de pull moche qui se déroule à Albi ?!
Mais alors, pourquoi le tricot nous touche-t ’il tant ? A la frontière de l’art populaire, de la tendance créative et de la madeleine de Proust un peu désuète de notre enfance, il est certain que le tricot est un levier formidable pour faire le buzz et servir de belles causes, pour plus de douceur et de chaleur !
Pour aller plus loin...
Rendez-vous dans les collections en ligne du Victoria and Albert Museum à Londres :
Avec des objets tricotés datant du 12ème siècle à nos jours, la collection présente des siècles d’inventivité. Des sous-vêtements aux vêtements d’extérieur, des vêtements de travail à la robe de soirée, fabriqués à la main ou à la machine, professionnels ou amateurs, explorez la riche diversité des pièces créées en tricot.
Découvrir Celia Pym, une artiste qui élève le raccommodage au rang d’œuvre d’art : www.celiapym.com et son instagram @celiapym
Un service haut de gamme d’entretien et de restauration créative de toutes vos pièces favorites : www.lacliniquedupull.fr
Pépite de l’INA, reportage de 1968, d’un berger qui tricote…
Des hommes partageant la même passion pour le tricot ont choisi de se rejoindre chaque semaine dans un café de San Francisco, aux États-Unis. Le slogan de leur club est "L'écoute, les métiers manuels et la communauté".